Des entreprises de premier plan canadiennes en sciences de la vie? Commençons par bâtir la filière.

Valider, Incuber, accélérer. Recommencer.

Par Matthew Carlyle, président et chef de la direction, adMare BioInnovations

À l’Université Western, David Edgell a mis au point une avancée qui pourrait changer notre façon de s’attaquer aux maladies à leur source génétique. Les éditeurs de gènes de première génération excellent à briser les gènes, mais pas à les réparer. L’approche unique d’Edgell repose sur une enzyme qui effectue deux coupures précises plutôt qu’une seule, ce qui permet potentiellement de cibler plus exactement les erreurs génétiques à l’origine des maladies tout en réduisant les effets non désirés. C’est le genre d’avancée qui ouvre de nouvelles possibilités pour des maladies dont la cause génétique sous-jacente demeure hors de notre portée.

Aujourd’hui, la découverte d’Edgell est au cœur de Specific Biologics, une entreprise torontoise qui progresse vers un financement de série A afin de mener son programme principal contre la sclérose latérale amyotrophique (SLA) jusqu’à un premier essai clinique chez l’humain. Pour les patients, l’enjeu est énorme. La SLA est une maladie dévastatrice qui prive peu à peu une personne de sa capacité de bouger, de parler, d’avaler et, finalement, de respirer. Les traitements actuels ne s’attaquent pas à la cause génétique sous-jacente. Specific Biologics cible d’abord la forme génétique la plus courante de la SLA, causée par une expansion nocive de répétitions d’ADN que sa plateforme d’édition génique Dualase® est conçue pour éliminer.

Voilà à quoi ressemble la réussite : une science canadienne transformée en entreprise canadienne qui offre de nouveaux traitements significatifs aux patients, appuyée par des investisseurs canadiens qui gardent ici une plus grande part de la valeur créée. Si nous sommes sérieux quant à la création d’entreprises phares compétitives à l’échelle mondiale, ce sont ces exemples que nous devons reproduire à grande échelle.

Bâtir des entreprises phares pharmaceutiques novatrices d’ici est un objectif qu’adMare BioInnovations défend depuis longtemps et qui est au cœur des recommandations du Groupe de travail sur le secteur pharmaceutique et des sciences de la vie. Selon le Groupe de travail, deux ou trois entreprises phares seulement pourraient générer de 5 à 10 milliards de dollars de revenus annuels et plus de 10 000 emplois. Alors que les chaînes d’approvisionnement et les relations commerciales évoluent, cet enjeu touche autant la santé que la sécurité économique.

Cependant, les entreprises de premier plan n’apparaissent pas du jour au lendemain. Elles émergent d’un vaste bassin d’entreprises canadiennes dans lesquelles il vaut la peine d’investir.

Or, ce bassin est actuellement sous pression. Le capital de risque canadien en sciences de la vie a connu en 2026 son pire semestre jamais enregistré. À l’échelle mondiale, le secteur de la biotechnologie se concentre autour d’un nombre réduit de transactions plus importantes et moins risquées, ce qui creuse l’écart de financement pour les entreprises en démarrage. Pour aggraver la situation, l’écart de conversion entre le financement de préamorçage ou d’amorçage et le financement de série A ne cesse de s’élargir au Canada depuis 2021. Autrement dit, nous créons des entreprises, mais trop peu d’entre elles franchissent l’étape suivante.

Bâtir une entreprise de sciences de la vie attrayante pour les investisseurs est complexe et exige beaucoup de capitaux. Il faut des spécialistes chevronnés du développement de médicaments, qui comprennent à la fois la science et l’occasion commerciale, ainsi que l’expertise, l’accompagnement concret et le capital initial nécessaires pour démontrer la technologie, atteindre des jalons de développement cruciaux et attirer des investissements privés plus importants.

La bonne nouvelle, c’est que nous savons déjà comment y arriver.

Depuis dix ans, le gouvernement fédéral est partenaire d’adMare, un moteur national de création et de croissance d’entreprises en sciences de la vie, présent à Montréal, à Vancouver et à Toronto. Son modèle est simple : collaborer avec les chercheurs et les établissements canadiens, valider la science et le potentiel commercial, incuber l’entreprise durant ses premières phases de développement, puis accélérer sa croissance par des investissements continus. Ensuite, réinvestir les rendements pour recommencer.

Specific Biologics illustre ce modèle en action. Pendant cinq ans, adMare a travaillé aux côtés des fondateurs pour transformer une science prometteuse en entreprise attrayante pour les investisseurs : élaboration de sa stratégie de R-D, codirection du financement d’amorçage avec Lumira Ventures pour la mettre en œuvre, et soutien concret en recherche et en exploitation pour développer la technologie, constituer l’équipe et attirer un investissement de série A.

Ce n’est pas un cas isolé. Sur les 31 entreprises qui ont fait partie du portefeuille d’investissements directs d’adMare, 16 ont franchi la « vallée de la mort » et levé d’importants capitaux de risque privés, un taux de conversion environ trois fois supérieur à la moyenne canadienne et comparable aux meilleurs repères américains.

Cet approvisionnement en entreprises prêtes à recevoir des investissements est essentiel. Le gouvernement fait déjà progresser plusieurs outils en aval pour soutenir la croissance des entreprises, dont le nouveau Fonds pour les sciences de la vie de la BDC et l’Initiative de catalyseur du capital de risque de croissance. Leur succès dépendra d’un apport continu d’entreprises canadiennes prêtes à recevoir du financement. Les deux tiers du portefeuille d’adMare sont déjà appuyés par de grands investisseurs canadiens en capital de risque dans le domaine des sciences de la vie. Ce fait, de même que les investissements importants d’adMare dans les infrastructures de laboratoire nationales et les programmes de développement des talents, contribue à enraciner la croissance ici même.

adMare propose précisément le type d’approche que le Groupe de travail recommande d’étendre pour soutenir les premières étapes de la commercialisation, et pour de bonnes raisons : le rendement du capital public est convaincant. Depuis 2017, adMare a investi plus de 120 millions de dollars de capital soutenu par le gouvernement fédéral dans des entreprises partout au pays, chaque dollar ayant mobilisé 14 fois sa valeur en capitaux d’investisseurs privés, dépassant les cibles. Au total, ces entreprises ont levé 2,5 milliards de dollars en capitaux de risque privés. Le portefeuille a aussi généré des rendements réalisés importants, qui ont été entièrement réinvestis pour bâtir la prochaine génération d’entreprises canadiennes.

Alors qu’Ottawa prépare son budget et sa réponse au Groupe de travail, ses mesures de commercialisation devraient commencer là où naissent les entreprises phares. Un investissement de 200 millions de dollars sur cinq ans dans le modèle éprouvé d’adMare renforcerait le bassin de projets dès maintenant, tandis que les rendements futurs des investissements pourraient contribuer à le soutenir à long terme.

Toutes les entreprises ne deviendront pas des entreprises phares. Cependant, plus nous bâtirons d’entreprises aux assises nationales solides, comme Specific Biologics, meilleures seront nos chances.

Le Canada n’obtiendra pas ses entreprises phares en attendant qu’elles apparaissent. Il les obtiendra en bâtissant le bassin qui les produit. Nous avons la science. Nous avons le modèle. L’occasion est devant nous : transformer davantage de science canadienne en entreprises canadiennes qui changent la vie des patients partout dans le monde et créent de la prospérité chez nous.

Media Inquiries

Bethany Moir

Specific Biologics